Du temps pour mieux grandir
Alexis est arrivé à la Fondation à 5 ans et en est parti à 18 ans. Un placement au long cours, qui a permis à l’équipe éducative d’appréhender toutes ses fragilités et capacités. Pour l’aider à mieux se construire.
Grandir ensemble : Quand il arrive au Village, Alexis est accompagné de ses deux frères. Témoin d’un drame familial, il est en état de choc. Comment s’adapte-t-il ?
L’éducatrice : Il suce en permanence son pouce et ne se sépare jamais de son doudou. C’est un enfant facile à vivre, mais extrêmement fragile. Une éducatrice de jeunes enfants le prend alors sous son aile pour l’accompagner dans toutes ses activités.
À l’adolescence, les choses changent : ses deux frères, majeurs, quittent le Village et Alexis rejoint une maison avec des jeunes de son âge...
Alexis manque de confiance en lui. À l’époque, il a encore des problèmes d’énurésie et est très pudique et introverti. Hormis ses frères, une tante qu’il voit peu et un père absent, il n’a pas de famille et reste seul les week-ends.
Quelle a alors été votre action ?
Nous en avons profité pour le faire parler de lui et l’ouvrir sur l’extérieur. Nous avons repéré chez lui un désir de liberté et une volonté de sortir de l’école. Malgré de réelles capacités intellectuelles, son comportement provocateur nuit à ses résultats scolaires. À 14 ans, il entre en apprentissage chez un charpentier à 20 km du Village, où il se rend chaque jour en scooter.
A 16 ans, il a un déclic. Que se passe-t-il ?
Un soir de réveillon, il dîne seul au restaurant avec un éducateur et pour la première fois, il parle de ce qu’il a vécu enfant. Cela le libère. Après cet événement, il commence à parler de lui, mais aussi à se passionner pour le cinéma. Il est impressionnant, capable de classer les films par genre.
Que devient-il ?
À 18 ans, il a bénéficié d’un contrat jeune majeur et loué un petit appartement en ville. Il se cherche encore. Après un an de chômage, il a rompu son contrat jeune majeur et repris son métier de charpentier dans une entreprise locale. Aujourd’hui, il met de l’argent de côté car son projet est de créer son entreprise. Toujours passionné, il se rend quatre fois par semaine au cinéma. Il a aussi réussi à garder des liens avec ses frères. Malgré des carences affectives liées à son histoire, il n‘est pas resté dépendant de l’institution et est parvenu à se structurer et à construire un projet professionnel.
Cette rubrique issue du magazine Grandir Ensemble, a pour objet de vous présenter et vous expliquer une situation éducative, dans un Village d’Enfants ou dans un Foyer. Pour des raisons de confidentialité, nous avons modifié certaines informations, ainsi que la photo.
publié le 30-01-2013
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